Claude Ambroise Seurat, le squelette vivant

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Par Caroline Maire | Le 12 avril 2024 | Personnages troyens

Dans la seconde moitié du 19e siècle, l’industrie naissante du divertissement rivalise d’audace pour attirer les spectateurs et attiser l’attrait du public pour le bizarre.

La mode est aux animaux exotiques, aux numéros d’avaleurs de sabres et à l’exhibition d’êtres humains atteints de difformités, qui suscitent le rire, la fascination ou le malaise…

Le phénomène des Freak shows explose dès 1841 aux Etats-Unis, où le célèbre Phineas Taylor Barnum rachète l’American Museum de New-York et ajoute à sa collection d’histoire naturelle l’exposition de « monstres » humains, qui feront plus tard la renommée de son cirque à travers le monde.

En Europe, les « musées vivants » deviennent les attractions phares des fêtes foraines et montrent des êtres humains qualifiés de « phénomènes de foires » de par leurs caractéristiques ou malformations physiques. Le Petit Troyen annonce ainsi en 1890 la venue aux Foires de Mars de la famille Picolomini, « les plus petits êtres du monde entier » et de Monsieur Pierre, l’homme sans bras qui « écrit, joue du piano au moyen de son pied ».

Le Petit Troyen, dimanche 2 mars 1890

Un jeune Troyen va devenir l’un des plus célèbres d’entre eux.

Claude Ambroise Seurat est né le 10 avril 1798, dans une famille de tailleurs fripiers. Différentes études lui sont consacrées dans nos collections et à travers le monde, qui font état de sa croissance et de son physique hors normes. Il semble qu’à sa naissance et jusqu’à l’âge de 10 ans, il ait été un enfant tout à fait normal, bien que de constitution fragile. C’est à l’adolescence que sa maigreur s’accentue et fait de lui un être à part. La réalité de ses mensurations est incertaine (et peut-être exagérée par souci de sensationnalisme par le monde du spectacle…) : à 28 ans, il mesurait 1.71 mètres, pour un poids de 21 à 35 kg selon les sources.

Une rencontre décisive avec deux Britanniques lance sa carrière et lui permet de voyager dans toute l’Europe sous son nom de scène : le Squelette vivant. A l’invitation du colonel Williams et de son associé le procureur Manning, il débute ainsi en 1825 à Londres, où son arrivée fait la une des journaux. Pour la première fois des spectateurs paient une entrée pour le rencontrer dans un petit théâtre de Pall Mall. Durant son séjour il se produit dans tout le pays et rencontre de nombreuses personnalités ; il est notamment reçu par la Famille royale et présenté à la noblesse et aux ambassadeurs.

Après le succès de sa tournée au Royaume uni, il continue à son propre profit et intègre l’année suivante un cirque itinérant à Bordeaux. En 1830 il est aux Pays-Bas, où il s’entretient également avec la famille royale. On retrouve sa trace à Venise, Bologne et Bergame en 1833, puis à Dinan en Bretagne, où il semble qu’il donne sa dernière représentation publique.

Dans chacune de ces grandes villes, il se prête volontiers à l’examen des autorités médicales et des spécialistes les plus renommés, que son cas intrigue. L’anatomiste anglais Sir Astley Cooper a ainsi pu déterminer que son cœur et ses poumons étaient placés plus bas que la normale. Les différentes observations scientifiques donnent lieu à la publication d’un fascicule, dont les lieux et dates des différentes éditions renseignent sur les villes où il s’est produit. Il dresse de lui le portrait suivant :

Description intéressante de Claude-Ambroise Seurat, appelé l’homme anatomique ou le squelette vivant, par plusieurs professeurs des universités d’Europe. Paris, 1834. Cl 8° 14179

Objet d’étude pour la science et la médecine, il a également suscité l’intérêt de plusieurs artistes qui ont fait de lui de nombreuses représentations ou caricatures.

En exil à Bordeaux, Francisco Goya, qui s’intéresse à l’infirmité et au corps humain dans ses aspects les plus difformes, fait sa connaissance en 1826 et réalise un portrait au crayon gras, aujourd’hui conservé au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

La date, les circonstances de sa mort, et son lieu d’inhumation sont aujourd’hui encore floues. Il a de son vivant reçu de nombreuses propositions de médecins désirant acheter son corps après sa mort, mais a toujours refusé. Il est impossible de savoir si ses dernières volontés ont été respectées…

Claude Ambroise Seurat, le « squelette vivant » dessiné à Bordeaux par Goya. Regards croisés. Guy Devaux. Cl 8° 24145

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