Traces d’usure, trous circulaires et parasites du livre : le patrimoine face aux affres du temps

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Par Anne-Charlotte Pivot | Le 5 janvier 2024 | Collections patrimoniales

Si nous conservons précieusement notre patrimoine aujourd’hui, il n’en a pas toujours été ainsi. Manipulés fréquemment, utilisés sans précautions lors de messes ou de sermons, constitués de parchemin ou de papier de plus ou moins bonne qualité, cible d’insectes xylophages, les documents anciens n’ont, bien souvent, pas été épargnés par le temps.

En effet, il n’est pas rare de retrouver des traces d’usure voire des tâches de taille et d’origine variable dans les manuscrits. En voici quelques exemples, repérés au sein de nos collections :

L’incunable Le saint voiage et pèlerinage de la cité sainte de Hierusalem (Inc 103), visible sur la première image, semble avoir été immergé un certain temps dans l’eau, le bas du volume présentant des traces d’humidité manifestes, de forme circulaire.

Ce type de trace était relativement fréquente, sans que cela nuise fondamentalement à la conservation du document ou à la lecture. Il existe cependant des tâches et des éclaboussures d’origine diverses, rendant l’identification complexe. Le feuillet 45v du Liber exceptionum (Ms 1168) présente par exemple une tâche ocre laissant penser qu’il s’agit probablement d’urine d’origine animale. Il faudrait toutefois expertiser le parchemin pour en avoir la certitude absolue.

Notre manuscrit Biblia latina : Evangelia cum glossa datant du 13e siècle (MS 081), quant à lui, est parsemé de tâches d’encre, de cire et d’humidité au feuillet 56v.

On trouve également des traces de crayon ainsi que des traces de doigt liée aux fréquentes manipulation au feuillet 4v de la Bible historiale de Pierre Comestor (Ms 59), ainsi que des traces foncées à la pliure du tome 1 de notre Biblia latina (Ms 458) en raison de son usage régulier.

Les tâches et les traces ne sont toutefois par toujours reliées à une action humaine. Les insectes, ou plus précisément, les larves de certains insectes xylophages (qui mange, perce, ronge le bois), sont susceptibles de faire des dégâts considérables. Certains insectes comme des cafards ou des araignées se retrouvent même parfois emprisonnés dans des livres anciens…

Généralement, ce sont des vrillettes qui sont responsables de ces petits trous ou des traces ayant la forme de vers. Si les dégâts sont centrés au niveau de la reliure, et que cette dernière est sur ais de bois, il est possible que des larves de termites soient les responsables. Mais parfois, on trouve des choses étonnantes, comme ce cafard écrasé pris en flagrant délit…

Le parchemin peut également présenter des trous naturels. Bien souvent, il s’agit de déchirures advenues lors du traitement de la peau. Il ne s’agit pas de dégâts à proprement parler mais plutôt de parchemin plus fin ou de moins bonne qualité, comme on peut le voir sur les quatre premières images. Il existe cependant des trous accidentels comme en témoigne l’incunable 103. Dans ce cas précis, de l’eau est à l’origine d’un trou dans le papier, au milieu du texte. Pour éviter que cela s’étende, une feuille blanche a été déposée en dessous. Ce type de trou est relativement fréquemment à partir de l’invention de l’imprimerie à caractères mobiles, les ouvrages n’étant plus composés de parchemin mais de papier.

Enfin, il arrive que des déchirures liées aux nombreuses manipulations soient visibles dans les manuscrits. Souvent, les ecclésiastiques ou les possesseurs ont pris le soin de recoudre le parchemin : comme en atteste les trois premières images. Lorsqu’ils s’agissaient d’imprimés, les déchirures étaient laissées telles quelles, on ne peut pas recoudre du papier. En voici un exemple avec Le saint voiage et pèlerinage de la cité sainte de Hierusalem (Inc 103).

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