Les « sectes bouddhistes » au Japon : le cas des sectes Tendai et Shingon

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Par Anne-Charlotte Pivot | Le 15 décembre 2023 | Imprimés

A partir du 6e siècle après J.-C., un syncrétisme entre les kamis japonais et les bouddhas indiens a lieu. On parle alors de shinbutsu shūgō, c’est à dire d’un mélange entre les religions shintoïste et bouddhiste qui conduit à la constitution d’une multitude de courants de pensée dont deux majoritaires : l’école Tendai et l’école Shingon, des mouvements religieux en lien avec le « bouddhisme ésotérique », considérés comme sectaires durant l’ère Meiji (1868-1912). Ces courants sont aujourd’hui majoritaires au Japon.

Dans les collections de la médiathèque, un manuel de pratique Shingon traduit en français est conservé. Il s’agit d’un répertoire de « signes cabalistiques » – figure graphique qui représente, en magie, un être ou une intention magique – nécessaires à la mise en place des rituels des deux courants cités ci-dessus et que l’on nomme communément « Kuji In».

Cet ouvrage, rédigé par le moine Horiou Toki, supérieur du temple de Mitani-Dji, traduit et publié en 1899, nous donne un aperçu des pratiques religieuses en lien avec le bouddhiste ésotérique inspiré du « bouddhisme tantrique » ou bouddhisme vajrayāna. Ce courant est principalement fondé sur trois instructions :

  • Les quatre nobles vérités (Dukkha (souffrance) ; Tanha (avidité) ; Nirodha (extinction de la souffrance liée à l’avidité, le Tanha) ; Magga (la cessation de toute souffrance)
  • La perfection de la sagesse (qui permet de connaitre sa véritable nature)
  • L’éveil (stade ultime qui permet d’atteindre l’idéal bouddhique)

Commenté par un orientaliste et conservateur du Musée Guimet, Léon de Milloué, l’ouvrage comporte cependant de nombreuses approximations. En effet, le manuel porte quasi exclusivement sur les pratiques bouddhiques Shingon. Les pratiques bouddhiques Tendai ne sont que très peu évoquées et souvent comparées aux rites Shingon alors que le seul lien entre les deux courants de pensée est que le fondateur du courant Shingon, Kōbō-Daishi a enseigné les rudiments du bouddhisme ésotérique à Saichō. Les nombreux désaccords entre les deux moines ont conduit à la création de l’école Tendai dont les enseignements sont plus mesurés, bien que l’usage des signes cabalistiques soit commun aux deux « sectes ».

Selon L. de Milloué, les deux doctrines sont considérées comme secrètes et reposent sur des textes anciens que sont :

  • Le Tai-dzô-kai
  • Kongô-kai (mandala du Monde du Diamant)
  • Le Goma (rituel purificateur du feu)
  • Le Djou hatchi dô

En réalité, le rite Shingon se fonde sur deux textes antiques bouddhistes, à savoir le Kongôchô-kyô et le Dainichi-kyô, qui contiennent des mantras en lien avec des incantations magiques. Le goma est un rituel et non un livre en tant que tel. Il n’existe aucune trace du premier texte cité. Malgré ces approximations, le livre nous donne à voir différents exemples de rituels effectués par les adeptes :

Voici un extrait du rituel shingon en langue japonaise, joint à l’ouvrage traduit en français. Il recense les différentes étapes à réaliser et répertorie l’ensemble des rituels :

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